ADULLACT

, par Pierre

Pour être un peu moins seul à défendre l’usage et le développement de logiciels libres dans mon travail (et autour), j’ai adhéré en janvier 2013, en tant que membre individuel, à l’ADULLACT, l’association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales.

Je ne le regrette pas. En février 2013, j’ai assisté à une très belle présentation des activités de l’ADULLACT et plus particulièrement des nouveautés logicielles, au conseil général de la Seine Saint-Denis.

Pour quelqu’un venant d’une université, avec les logiciels typiques distribués par l’AMUE plus les solutions maison et les formulaires papier les plus absurdes (êtes vous enseignant ou chercheur ? cocher une seule case), c’était comme de plonger dans une uchronie dont le point de départ aurait été : et si, il y a dix ans, les administrations avaient fait le choix du logiciel libre, des formats ouverts, du développement commun de briques permettant l’interopérabilité et que dans le même temps les développeurs avaient été mis à l’écoute des usagers ? Le résultat est tout simplement impressionnant (même s’il est difficile de s’en rendre compte à partir des seules pages web de l’ADULLACT).

J’espère arriver à contribuer à ce type d’initiatives qui manquent cruellement dans les universités.

Au passage, le président de l’ADULLACT, François Elie, que l’on connaissait déjà pour des formules telles que un logiciel libre est gratuit une fois qu’il a été payé, a donné une conférence passionnante sur le thème : quelle école pour la société de l’information ? On en trouvera une transcription sur le framablog.

Cela rejoint complètement la thématique hacker l’éducation.

Premier exemple taquin : on fait une exposition sur les OGM, on mange bio à la cantine, pardon, au restaurant scolaire, mais par contre on fait l’affiche de l’exposition sur Mac ou sous Windows. Cherchez l’erreur.[…]

Deuxième exemple taquin, toujours à l’école. L’école est l’endroit où on dit le plus de mal de Wikipédia, il faut le savoir. Par contre on dit beaucoup de bien de Diderot, de l’Encyclopédie, du siècle des Lumières. Embêtant quand même, parce que moi je suis persuadé que Diderot adorerait Wikipédia. Mais il n’adorerait pas Wikipédia pour lire mais pour écrire dedans. Il ne s’agit pas d’apprendre aux enfants à se méfier de ce qu’on lit dans Wikipédia, il faut leur apprendre à écrire dans Wikipédia. Mais ça il faut du temps.

Troisième exemple taquin : le tableau numérique interactif ; ça c’est la catastrophe, l’absurdité totale. Avec une craie et un tableau noir, je suis à égalité avec un élève.[…] Il n’y a pas d’interface technologique qui le sépare du savoir. […] Il y a une alternative qui essaye d’exploiter les outils numériques mais de manière intelligente.

On peut arriver à subvertir ces médiations pour trouver plus intelligent. Alors je vais revenir au logiciel libre. L’école a tout à apprendre de la culture des hackers. Il faut apprendre à travailler comme des hackers. Nietzsche a une formule magnifique il dit « Plutôt périr que travailler sans joie ». On peut vouloir travailler comme un maître ou travailler comme un esclave. On peut aussi faire de sa vie quelque chose de plus joyeux, aimer son travail. On peut apprendre à aimer son travail à l’école. On peut apprendre à exister par la valeur de ce qu’on fait, par la valeur de ce qu’on montre, par l’image qu’on a, et pour ça, et bien le logiciel libre pourrait nous aider pour refonder l’école, pour apprendre à collaborer, pour apprendre à partager, pour apprendre à bricoler, produire ses propres outils, se former, se former sans cesse, être en veille permanente.

Toutes ces qualités qui sont celles des hackers ce sont celles qu’on attend d’un élève. Et donc il y a bien des rapports entre l’école les outils, les contenus. Mais pas simplement sur l’utilisation du logiciel libre. Puisque le numérique est partout, il n’y a vraiment plus que deux écoles possibles : soit l’école programmée, c’est pour ça que j’avais sous-titré cette conférence « Programmer ou être programmé », c’est la devise des hackers. Soit l’école programmée. Le numérique sera partout dans le système éducatif, il sera désormais impossible de réguler quoi que ce soit, l’école sera un client captif. Les outils, les contenus seront produits par une sorte d’industrie numérique qui sera complètement extérieure à l’école et qui va lui dicter sa loi, qui va la transformer en autre chose.

Soit l’école de la liberté. Mais pour ça il faudra utiliser une technologie et des usages qui permettent d’enseigner la science de l’informatique. Autrement dit, la question n’est pas d’utiliser le logiciel libre, ce n’est pas la question. On ne peut utiliser que ce qui existe, ce n’est déjà pas beaucoup. Il s’agit de développer les logiciels libres dont a besoin l’école. Il s’agit de produire des contenus, partagés, qui pourraient être produits par des enseignants, ils sont quand même mieux placés que d’autres pour les produire, mais de manière collaborative pour libérer l’école de cette menace de l’industrie numérique éducative. Au passage, l’argent public pourrait être mieux utilisé qu’en achetant des produits qui en général sont faits par les mêmes enseignants mais avec une autre casquette.

Alors je reviens à Marx. Au 19ème siècle, il avait posé une bonne question : « À qui appartiennent les moyens de production ? » Et bien les moyens de production des contenus et des outils de l’école doivent appartenir à l’école. Donc la question du logiciel libre n’est pas une petite question, c’est la question même de l’école. Et la question n’est pas à l’utilisation. C’est de se mettre à l’école de ce mode de production, pour produire les savoirs, les contenus, pour rendre possible une éducation, une instruction des élèves qui leur permette d’accéder à la liberté, non par la technologie ou par les usages, mais par la science.

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